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The Bewitched Hands + Fun + Archive : la contradiction des sons

Fun © Anthony Rose - Détours de Scène

Dans le cadre du festival Les Paradis Artificiels, le Zénith de Lille accueillait trois groupes le 12 avril dernier : The Bewitched Hands, Fun et Archive. Retour sur une soirée de contrastes.

C’est en douceur que la soirée débute à 19h30 pétantes avec l’entrée en scène des six membres des Bewitched Hands, seule touche frenchie du concert. Le groupe est habitué des festivals (Printemps de Bourges, Eurockéennes, Transmusicales…) où il distille une pop teintée de folk, aussi réjouissante qu’entrainante. Les Rémois répondent aux attentes, les mélodies sont sautillantes et les trois guitares se répondent joyeusement. Pourtant, le public reste calme. Il est encore tôt, trop peut-être. Work, Sea, les titres s’enchainent pour la plupart extraits du premier album du groupe, Birds & Drums sorti en 2010. A 20h15, les Bewitched Hands annoncent le dernier morceau de leur set-list, « le titre le plus spectaculaire » nous promet-on. Il s’agit de The Laws of walls, l’un des singles du dernier album Vampiric Way (2012). Le public réagit à l’urgence de la rythmique, le refrain est entêtant. Dans la fosse, on tape du pied, les poings en l’air. L’ambiance se réchauffe. Dommage, c’est le moment pour le groupe de quitter la scène.

Dans la fosse, on tape du pied, les poings en l’air. L’ambiance se réchauffe.

Fun, la déferlante d’énergie

Deuxième partie de soirée, le public se prépare à accueillir les américains de Fun découverts l’année dernière grâce au carton du titre We are Young. Les lumières s’éteignent, les cris retentissent. Le groupe peut faire son entrée. Et le moins que l’on puisse dire c’est que ça démarre fort. Les Fun entament Some Nights, deuxième single de l’album du même nom.

Le chanteur Nate Ruess bondit et parcourt la scène du Zénith, énergique et souriant. Le public danse au son de la batterie et reprend en cœur les « Whoow » du morceau. Pas de répit, le groupe poursuit avec Out Of The Town et All Alone. Le chant est impeccable. Soudain, le doute s’installe. Nate Ruess chanterait-il en play back ? Après quelques minutes, les craintes se dissipent. Il s’agit bien d’une prestation live, très proche de la version studio certes mais sans tromperies.

Les Fun ont tout des premiers de la classe, dans les sonorités comme dans l’attitude.

Le son est tout simplement très propre, lisse. Les Fun ont tout des premiers de la classe, dans les sonorités comme dans l’attitude. Au fil des morceaux, l’ambiance se débride. Le groupe prend ses aises et finit par faire oublier les incertitudes du début. Il faut se rendre à l’évidence : ce concentré de bonne humeur et d’énergie est contagieux. En rappel, le groupe entame l’efficace We are Young sous les acclamations du public. Les appareils photos et téléphones portable se tendent. C’est le moment à ne pas manquer. Un bon moment. Les spectateurs reprennent le refrain à l’unisson. Voilà un titre qui mérite son succès, saisissant, fort. Fun salue la foule et disparait. L’heure est passée à vitesse grand V mais la soirée n’est pas encore terminée.

Archive, sombre attitude

Place enfin à Archive. Une lumière verte inonde la scène. L’intro de Finding It So Hard emplit la salle. David Penney s’avance doucement, les cheveux gominés, tout de noir vêtu. Sa voix flotte dans l’air, insaisissable. L’atmosphère est sombre, plus planante que festive. Les guitares ronronnent, les basses bourdonnent. Le contraste est poignant.

Passer de Fun à Archive, c’est une longue redescente après l’euphorie. Passer à l’âge adulte après l’insouciance.

Dans la fosse, les visages sont concentrés. Le groupe s’adresse visiblement à un public d’initiés. Les jeux de lumière percutants compensent un jeu de scène quelque peu statique. Tout est intérieur, dans l’émotion du son. Les plus jeunes venus pour Fun quittent lentement le Zénith, ébahis. Sur scène, le spectacle continue. Archive enchaine les morceaux, alternant les chanteurs et les ambiances tantôt rock tantôt trip-hop. Sur Hatchet,  la chanteuse Holly Martin qui a rejoint Archive depuis 2011 prend le micro. Une voix rock et franche. En rappel, Archive susurre l’envoutant Dangervisit. Le public exulte.

23h40, la soirée s’achève et une interrogation subsiste : le pari de programmer Fun et Archive ensemble était-il trop risqué ? Le contraste trop saisissant ? Sans doute. A la sortie du Zénith, c’est bien le mot perplexe qui reste en tête. Mais les festivals sont aussi l’occasion d’accoupler les genres, de surprendre l’auditoire. Et si c’était là l’enjeu de la soirée, alors c’était réussi.

Crédit photo :

Fun © Anthony Rose – Détours de Scène
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A propos de l'auteur

Marion Duboquet

Journaliste et animatrice de l'émission Culture Pop sur RPL99FM

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